You are currently viewing Journal de bord d’ANNA – 1

Journal de bord d’ANNA – 1

Je m’appelle Anna. J’ai presque la quarantaine (ce n’est plus qu’une question de jours au moment où j’écris ces mots). Je suis écrivaine. Enfin, j’essaie. Je n’ai encore rien publié. J‘ai écrit quelques nouvelles, toujours des histoires de femmes. Ah non, il y a aussi une histoire de grenouilles. C’était une sorte de fable pour me défouler après une expérience pénible. Je voulais la raconter sans la raconter vraiment.J’ai aussi commencé deux romans que j’ai laissé de côté tous les deux. Manque de temps, d’énergie, d’inspiration, etc. J’ai plein d’idées, de bouts d’histoire notées dans un cahier. Tout cela fait-il de moi une écrivaine ? Je n’en sais rien. Depuis quelques jours, l’écriture me titille à nouveau alors j’ai repris mon stylo et mon cahier et noirci quelques pages.

Bienvenue dans mon journal de bord !

Lundi 9 août

Alice. J‘ai ce prénom dans la tête depuis 2 jours. Il est là, omniprésent. Je viens de terminer la lecture de deux romans en quelques jours, aucun personnages ne portait ce prénom. L‘envie d’écrire me tenaille aussi. Mais écrire quoi ? La nouvelle que je devais écrire pour un projet de recueil collaboratif est terminée. Je l’ai relue et corrigée. Bon ok, j’ai une autre nouvelle qui attend d’être fini depuis au moins 2 ans, peut-être même trois, je ne me souviens plus. Je sais comment finit cette histoire et je n’ai plus de motivation à l’écrire. Peut-être aussi que j’ai laissé passer trop de temps… Mais quand je l’ai commencée, je ne savais pas comment la finir. C‘est pour ça que je me suis arrêtée. Et puis aussi la vie a repris son cours. J’ai été occupé et n’y ai plus trop pensé. J’ai relégué l’écriture au second plan. J‘ai aussi deux romans en cours. Un que j’ai commencé il y a deux étés de ça. J’ai mes personnages, la forme, c’est une sorte de journal croisé. 4 femmes sur deux générations, enfin peut-être 3 femmes seulement, j’ai du mal à me décider. Et puis ce serait des femmes de deux générations différentes mais séparées par une génération donc l’histoire se déroule sur trois générations même si l’intermédiaire n’est pas trop présente, enfin pas directement. Bref, vous voyez c’est compliqué. Je n’arrive pas à me décider sur les détails alors comment arriver à écrire une histoire qui tienne debout ?! J’avais aussi commencé un autre roman mais là c’est encore plus flou. Cette histoire-là a commencé dans un atelier d’écriture. On avait des images et il fallait s’en inspirer pour écrire une petite histoire. Je ne me souviens plus exactement des images mais j’avais inventé, imaginé plutôt, un petit garçon, Pegazus (ne me demandez pas d’où m’est venu ce prénom, j’en sais fichtre rien), seul dans un château d’où il n’avait pas le droit de sortir. Il montait au grenier et tombait sur un livre, un grand livre magique sur lequel était tracé un chemin. Pegazus marchait sur ce chemin sur le livre dans le grenier et peu à peu il n’était plus dans ce château mais dans un autre environnement. Il rencontrait un lapin je crois (coucou Alice au pays des merveilles) puis dans une forêt où il faisait la connaissance de Rubis. Il y avait aussi des brigands qui ne respectaient pas la nature et était punis. Puis Pegazus rentrait chez lui. L‘an dernier, pendant le premier confinement, j’ai eu envie de reprendre cette histoire et d’en faire un roman où il serait question d‘écologie, de nature, de connaissance de soi… J‘ai imaginé Pegazus à l’âge adulte, ritant de ce fameux château où il ne serait pas revenu depuis son enfance. Il avait assez peu de souvenirs. J’ai commencé à écrire son arrivée au château et puis je me suis retrouvé bloquée, je savais pas comment continuer, quoi raconter. Depuis quelques jours cette histoire me trotte à nouveau dans la tête. Sauf que je ne sais toujours pas quoi en faire et puis je n’ai pas le temps, j’ai du travail et j’ai pris du retard ces derniers temps. J‘avais prévu plein de choses cet été et j’en ai pas fait la moitié. Dans moins de 15 jours c’est les vacances, que j’attends impatiemment, mais d’un autre côté, il ne respire plus guère de temps pour boucler… Donc pas vraiment le temps de me remettre dans un roman. Surtout sans savoir où je vais. J‘ai besoin d’abord de trouver une direction, de trouver quoi raconter. Et voilà maintenant qu’Alice s’en mêle ! Jusqu’ici, je ne comprenais pas trop les écrivains qui disaient parler avec leurs personnages, que parfois c’était ceux-ci qui venaient les chercher. Moi ça ne s‘était jamais passer comme ça. Bien sûr, dans les quelques histoire que j’ai écrites tout a commencé avec un personnage, mais c’était moi qui racontait, c’était moi qui décidait du chemin à prendre, même si je laissais ma plume aller au gré de l’inspiration. Là, c’est comme si ce prénom était plus qu’un prénom… Mais qui es-tu Alice ? Que veux-tu ? Quelle est ton histoire ? J’ai donné ce prénom à la narratrice de ma dernière nouvelle, celle pour le recueil. Je n’aime pas utiliser le même prénom plusieurs fois, il en existe tant, je n’ai que l’embarras du choix. Mais ce prénom me trotte dans la tête et ne veut pas partir. Que cherches-tu à me dire Alice ? Est-ce que tu veux rencontrer Pegazus ? Je n’avais pas prévu d’histoire d’amour. Je trouvais ça tellement peu original. Dans tous les romans il faut toujours qu’il y ait une histoire d’amour. Il faut toujours qu’il y ait deux personnages qui finissent ensemble. Bien sûr que j’aime les histoires d’amour. J’ai un côté très fleur bleue mais je suis aussi très pragmatique et les histoires d’amour peuvent très vite devenir cliché et j’ai pas envie d’écrire des clichés. Alors si je t’inclus dans l’histoire, Alice, ne va-t-elle pas devenir banale ? Le roman se sera-t-il qu’un prétexte pour votre histoire d’amour ? Mais si tu n’es pas amoureuse de Pegazus, quel serait ton rôle dans l’histoire ? Oh Alice ! Dis-moi ! Aide-moi ! Qui es-tu ? Je t’imagine jeune, enfin adulte, pas une vieille dame quoi. Mais à part ça ? À quoi ressembles-tu ? Qu’attends-tu de la vie ? D’où viens-tu ? Qui es-tu Alice ? Bon sang, donne-moi des indices ! Comment tu veux que les lecteurs te connaissent si je ne sais rien de toi ? Tu es bien trop silencieuse… Es-tu muette ? Pourquoi ne parles-tu pas ? De quoi as-tu peur ? Je vais aller dormir. Peut-être viendras-tu dans mes rêves… Je t’attendrai Alice. Je veux te rencontrer.

Mardi 10 août

Qui a dit que la vie d’écrivain était facile ? Ce matin, je me suis réveillée avec la gueule de bois. Pourtant je n’ai pas bu. D’toute façon j’aime pas l’alcool. J’ai juste pas dormi et un moral qui s’est fait la malle. Je me sens sombrer dans la mélancolie et je déteste ça. Surtout que j’ai du travail. Et puis Alice n’est pas venu me voir dans mes rêves. Je ne sais toujours pas quoi faire d’elle. Alice. Alice. Alice. Ton prénom prend toute la place dans ma tête.

 

Mercredi 11 août

La gueule de bois est passée mais toujours pas de nouvelles d’Alice. Je commence à l’imaginer. Elle pourrait rencontrer Pegazus. Je ne sais pas trop comment. Peut-être connaîtrait-elle l’aïeule, celle qui a légué sa maison-château à Pegazus ? Mais d’où elle la connaîtrait ? La vieille lui a peut-être transmis son savoir, sa connaissance des plantes et de la nature. Elle pourrait être le lien entre Pegazus et le monde de Rubis. Admettons. Faut encore trouvé comment Pegazus retourne dans le monde de Rubis, qu’est-ce qu’il s’y passe et comment tout cela finit. Je voulais que l’histoire ait un côté écologique, rapprochement avec la nature. En même temps, Pegazus travaille dans l’informatique. Je ne veux pas opposer informatique et nature, c’est trop cliché et pas bien réaliste. Dans le monde d’aujourd’hui, on peut difficilement se passer d’ordinateur et internet. La preuve, sans ordinateur et sans internet, vous ne liriez pas ces mots. Ils seraient restés graver dans un vieux cahier à spirales. Revenons à Pegazus, enfin à son histoire. Donc relier l’informatique et la nature. Sauver la nature grâce à l’informatique ? Mettre l’informatique au service de la nature ? Tout cela me paraît tellement banal, ordinaire… Certes, je ne vais pas réinventer la roue mais tant qu’à écrire un roman, autant écrire une belle histoire pas trop nulle. Si vous avez des idées, surtout n’hésitez pas. En attendant, je vais rechercher mes notes sur cette histoire. Peut-être que j’aurai un déclic, sait-on jamais !

Jeudi 12 août

J’ai décidé d’aller au parc pour écrire et profiter du beau temps. Travailler à la maison c’est cool mais j’avais besoin de prendre l’air. Mine de rien, je n’avais pas mis le nez dehors depuis des semaines. Après 20 bonnes minutes de marche en plein soleil, j’ai atteint mon parc. Ouvert, avec des arbres, un peu de forêt et des bancs. Du calme. Même s’il y a du monde, c’est un endroit calme. Les gens y viennent pour se promener, profiter de la nature. Pour les enfants, les familles il y a un autre parc plus adapté. Je me suis donc installée sur un banc. J‘espère juste que l’orage ne va pas arriver trop vite. Le ciel a commencé à se couvrir et le soleil joue à cache-cache. Le vent s’est levé, une légère brise. Du rock dans les oreilles, la nature, je peux rêver, imaginer ce que je veux. Je repense à Alice et Pegazus. Finalement, je crois qu’il va se passer quelque chose entre eux. Je ne voulais pas écrire d’histoire d’amour au départ mais après tout pourquoi pas ? J‘ai toujours aimé les histoires d’amour. Et puis pourquoi une histoire d’amour serait-elle forcément clichés, banale ? L’amour a bien des formes. On dit que la vie n’est pas un roman. Moi, j’ai toujours voulu que ce soit le cas. Et en même temps les romans ne font que raconter la vie ou ce qu’elle pourrait être. La vie est ce qu’on en fait alors pourquoi la vie ne pourrait pas être un roman ? Bref, j’ai envie de créer un lien entre Alice et Pegazus. Je crois que c’est ça qu’elle est venue me dire, qu’elle faisait partie de l’histoire. Je ne sais pas encore quelle place elle aura mais j’en suis sûr maintenant. L’histoire de Pegazus est aussi celle d’Alice. Bien sûr, je n’oublie pas Rubis. Ce sont mes trois personnages les plus importants. Mince j’ai l’impression que l’orage se rapproche rapidement, je vais devoir rentrer. Le ciel est noir maintenant et commence à gronder. Pour une fois que je m’étais motivée à sortir… J‘ai bien choisi mon jour ! Le parc se vide. La lumière est étrange. Il est à peine 17 heures mais on dirait que la nuit est sur le point de tomber. Je n’ai pas envie de rentrer. La prudence pourtant me le demande. J’ai 20 minutes de marche avant d’être chez moi et tout le temps d’être trempée si la pluie débarque. J’ai besoin d’écrire une histoire qui me fasse oublier ma vie. Non pas que je n’aime pas ma vie. Ça va, j’ai pas trop à me plaindre. Mais je veux une vie qui chante, une vie qui danse, je veux des étincelles, du merveilleux. Finalement la pluie est arrivé et je suis rentrée. C‘était étrange, il pleuvait, le tonnerre grondait, les éclairs fusaient et moi j’étais bien. J‘étais heureuse. J‘avais toujours la musique dans les oreilles, du rock. En ce moment j’écoute pas mal de rock. Je chantais dans la rue. Les gens me regardaient bizarrement. J‘étais bien la seule à marcher tranquille, en souriant et en chantant. Je n’avais plus 40 ans. J’avais de nouveau 20 ans. J‘étais insouciante. Je crois que c’est ça.L’insouciance. Tellement longtemps que je n’avais pas ressenti ça. Cette légèreté, j’avais peur de rien. Rien de mal ne pouvait m’arriver. Cette sortie au parc a été courte mais m’a fait du bien. La vie n’est pas un roman. Bien sûr que si. Quand on a 20 ans on croit que tout est possible. Puis on se laisse rattraper par la vie et on oublie. On s’oublie. Bref cette sortie m’a fait un bien fou. Je vous raconte ma vie alors que ce qui vous intéresse c’est l’histoire d’Alice et Pegazus. Mais comment voulez-vous que j’écrive leur histoire sans vous parler de moi.Un écrivain est lié à ses personnages. Que ceux-ci lui ressemble un peu, beaucoup, pas du tout, il y a forcément une part de l’écrivain dans son histoire. Ça me rappelle une phrase d’une chanson d’Yves Duteil « Rien n’est vrai, rien n’est faux, tout est inventé ». C’est exactement ça. Les romans parlent de la vie et la vie est un roman. La boucle est bouclée.

Vendredi 13 août

Je n’ai toujours rien écrit sur l’histoire de Pegazus et Alice. J’ai passé la journée, enfin l’après-midi, à regarder des vidéos YouTube et lire des articles sur l’écriture, la manière d’écrire un roman etc. J’ai d’ailleurs récupéré plusieurs documents. Je pense que je vais me servir de tout ça pour creuser mon histoire, ça devrait m’aider à mieux cerner qui est Alice. Bon si je résume : c’est une femme (jusqu’ici rien d’exceptionnel), adulte et elle aura un lien avec Pegazus, une place dans son histoire. Reste à savoir laquelle. Pour ça, j’ai le sentiment qu’il me faut d’abord interroger Pegazus. Je n’ai pas bien creusé encore alors que c’est mon personnage principal. J‘ai juste décidé qu’il revenait dans cette maison dont il venait d’hériter, qu’il bossait dans le milieu informatique et qu’il allait apprendre à mieux se connaître et se rapprocher de ses rêves. En gros. C‘est un peu léger. Donc prochaine étape : travailler (oui écrire c’est un travail) le personnage de Pegazus. Et si c’était ça qu’Alice avait voulu me dire ? Pour me redonner la motivation pour avancer ?

Laisser un commentaire